Les fougeux chevaux du Soleil
par Raska, le 19 Septembre 2007 à 16:43 (modifié le 04/11/2007 à 21:14)Phaéton était un bel enfant ; grandissant, il devint superbe. Infatué de son illustre origine, il s'en glorifiait à tout propos auprès de ses compagnons de jeux, qui s'irritèrent de sa vantardise. L'un d'eux, plus nerveux que les autres, Epaphus, fils lui-même de Jupiter et d'Io, se moqua ouvertement de Phaéton, le persifla et traita ses prétentions d'imaginaires. Phaéton, blessé dans son orgueil, en appelle à Clymène sa mère, qui lui conseille d'invoquer le témoignage de Phoebus-Apollon.
Phaéton gravit le chemin céleste et se présente en larmes au dieu du Soleil. Intimidé d'abord par la majesté du lieu rutilant d'or et de pierreries, puis rassuré par le bienveillant accueil de Phoebus, Phaéton reprend ses esprits.
- O mon père vénéré, s'écrit-il, vous, l'époux de Clymène ma mère, vous le maître du Jour, on vous outrage en ma personne et je viens faire appel à votre puissance !
De quoi s'agit-il, mon cher fils ? répond Phoebus. Quoi que vous me demandiez, je jure par le Styx de vous l'octroyer comme gage de ma tendresse.
- On conteste ma naissance, mon père, reprend Phaéton, on me traite d'imposteur. Pour relever l'injure, je sollicite l'honneur de conduire un jour, un jour seulement, le char du Soleil. Cette preuve indéniable de votre affection confondra la calomnie et proclamera l'honneur de Clymène.
Phoebus ne s'attendait pas à cette supplique. Or, il avait promis, et par quel serment ! Par le Styx, le Styx redouté des dieux ! Il tâche de dissuader Phaéton, lui objecte sa jeunesse et son inexpérience, signale les dangers de l'entreprise. Aucun conseil, aucune crainte n'arrête le téméraire jeune homme. Sa ténacité inébranlable le confirme de son idée que seul le moyen qu'il préconise atteindra son but. Les médisants seront convaincus et s'inclineront devant sa glorieuse naissance.
Phoebus-Apollon ne résiste pas davantage. Il a juré et juré par le Styx. Quelle imprudence ! Il abandonne donc son char fulgurant, et le remet en tremblant à l'intrépide jeune homme. L'inquiétude paternelle ne ménage pas les recommandations au novice automédon. Qu'il conduise avec prudence ! Qu'il retienne d'une main légère les coursiers fougueux ! Qu'il gravisse lentement la montée, et qu'arrivé sur le faîte il ménage la descente !
Phaéton impatient écoute d'une oreille distraite ces trop sages avis. Il bondit joyeux sur le char, s'empare des rênes, actionne les coursiers de la voix et du geste, et le voilà entraîné dans une allure incohérente et folle.
S'écartant constamment de la route tracée, tantôt il s'abaisse, et trop proche de la terre, brûle les moissons et les arbres, tarit les lacs et les rivières ; tantôt il s'élève outre mesure et tout périt par l'intensité du froid. Cybèle, la bonne déesse, la Grande Mère, pousse un cri d'alarme. Jupiter l'entend, voit l'effroyable désordre. Un seul moyen pour y remédier : supprimer la funeste cause. Phaéton foudroyé tombe dans un fleuve d'Italie, l'Eridan (aujourd'hui : le Pô), qui sera son éternel tombeau. Le téméraire conducteur avait un ami fidèle, Cycnus, qui pleurait sa perte et cherchait à découvrir le corps de l'infortuné. Apollon le métamorphosa en cygne. Les sœurs de Phaéton, non moins désolées, trouvèrent le terme de leur douleur, transformées en peupliers argentés bordant les placides rivières.
Contes et Légendes Mythologiques d'Emile GENEST (Ed : Fernand Nathan)
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Tags : soleil, helios, chevaux, fils, terre
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