Planète-Légende
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Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubriqueBellérophon et pégase
par Raska, le 4 Novembre 2007 à 21:16
Fils de Glaucus, roi de Corinthe, et petit-fils de Sisyphe, célèbre par son rocher à perpétuelle descente, Bellérophon n'avait aucun motif de s'enorgueillir de sa généalogie. Il était d'ailleurs d'un naturel doux et calme, recherchant de préférence la solitude, et fuyant la société des princesses dont les attraits, séduisants pour d'autres, le laissaient fort indifférent.
Une passion, cependant, faisait battre son cœur. Qui peut échapper à une passion ? Bellérophon adorait les chevaux. Quand il voyait un fringuant coursier, une fière cavale, son âme était en joie. On juge de son émoi quand sur la montagne dominant Corinthe il aperçut Pégase, le fameux cheval ailé, sorti du sang de la Gorgone Méduse. Tout son être frémit ; un désir ardent s'empare de lui : enfourcher l'animal, le dompter et le mener docilement à sa seule guise.
Sa connaissance des chevaux, son habilité à les subjuguer, son adresse à les conduire furent inutiles devant Pégase qui ne se laissait même pas approcher. De dépit, Bellérophon adresse une touchante invocation à sa déité protectrice, à Minerve ! Qu'elle lui donne le moyen de réaliser son souhait ; qu'elle rende le cheval sensible à son étreinte, et jamais brebis plus blanche, jamais génisse plus immaculée n'aura été sacrifiée sur l'autel de la déesse, en hommage de pieuse et sincère reconnaissance.
Bellérophon venait de formuler cette humble prière quand soudain il s'endormit. Minerve lui apparaît en songe, dépose auprès de lui un frein d'or, en prononçant ces simples paroles : « Prends ce frein et tu auras lieu d'être satisfait. »
A son réveil, un frein resplendit à ses pieds, un frein rutilant comme jamais il n'en avait connu de semblable. En même temps, Pégase avance à pas lents, d'une allure souple et soumise, se prête sans hésitation à la présence de Bellérophon, accepte tranquillement le mors dans sa bouche écumante, reçoit allégrement le cavalier sur son dos robuste, et l'enlève prestement dans les airs de ses ailes rapides et vigoureuses.
Contes et légendes mythologiques d'Emile Genest (Ed : Fernand Nathan)
2 commentairesLes fougeux chevaux du Soleil
par Raska, le 19 Septembre 2007 à 16:43 (modifié le 04/11/2007 à 21:14)Phaéton était un bel enfant ; grandissant, il devint superbe. Infatué de son illustre origine, il s'en glorifiait à tout propos auprès de ses compagnons de jeux, qui s'irritèrent de sa vantardise. L'un d'eux, plus nerveux que les autres, Epaphus, fils lui-même de Jupiter et d'Io, se moqua ouvertement de Phaéton, le persifla et traita ses prétentions d'imaginaires. Phaéton, blessé dans son orgueil, en appelle à Clymène sa mère, qui lui conseille d'invoquer le témoignage de Phoebus-Apollon.
Phaéton gravit le chemin céleste et se présente en larmes au dieu du Soleil. Intimidé d'abord par la majesté du lieu rutilant d'or et de pierreries, puis rassuré par le bienveillant accueil de Phoebus, Phaéton reprend ses esprits.
- O mon père vénéré, s'écrit-il, vous, l'époux de Clymène ma mère, vous le maître du Jour, on vous outrage en ma personne et je viens faire appel à votre puissance !
De quoi s'agit-il, mon cher fils ? répond Phoebus. Quoi que vous me demandiez, je jure par le Styx de vous l'octroyer comme gage de ma tendresse.
- On conteste ma naissance, mon père, reprend Phaéton, on me traite d'imposteur. Pour relever l'injure, je sollicite l'honneur de conduire un jour, un jour seulement, le char du Soleil. Cette preuve indéniable de votre affection confondra la calomnie et proclamera l'honneur de Clymène.
Phoebus ne s'attendait pas à cette supplique. Or, il avait promis, et par quel serment ! Par le Styx, le Styx redouté des dieux ! Il tâche de dissuader Phaéton, lui objecte sa jeunesse et son inexpérience, signale les dangers de l'entreprise. Aucun conseil, aucune crainte n'arrête le téméraire jeune homme. Sa ténacité inébranlable le confirme de son idée que seul le moyen qu'il préconise atteindra son but. Les médisants seront convaincus et s'inclineront devant sa glorieuse naissance.
Phoebus-Apollon ne résiste pas davantage. Il a juré et juré par le Styx. Quelle imprudence ! Il abandonne donc son char fulgurant, et le remet en tremblant à l'intrépide jeune homme. L'inquiétude paternelle ne ménage pas les recommandations au novice automédon. Qu'il conduise avec prudence ! Qu'il retienne d'une main légère les coursiers fougueux ! Qu'il gravisse lentement la montée, et qu'arrivé sur le faîte il ménage la descente !
Phaéton impatient écoute d'une oreille distraite ces trop sages avis. Il bondit joyeux sur le char, s'empare des rênes, actionne les coursiers de la voix et du geste, et le voilà entraîné dans une allure incohérente et folle.
S'écartant constamment de la route tracée, tantôt il s'abaisse, et trop proche de la terre, brûle les moissons et les arbres, tarit les lacs et les rivières ; tantôt il s'élève outre mesure et tout périt par l'intensité du froid. Cybèle, la bonne déesse, la Grande Mère, pousse un cri d'alarme. Jupiter l'entend, voit l'effroyable désordre. Un seul moyen pour y remédier : supprimer la funeste cause. Phaéton foudroyé tombe dans un fleuve d'Italie, l'Eridan (aujourd'hui : le Pô), qui sera son éternel tombeau. Le téméraire conducteur avait un ami fidèle, Cycnus, qui pleurait sa perte et cherchait à découvrir le corps de l'infortuné. Apollon le métamorphosa en cygne. Les sœurs de Phaéton, non moins désolées, trouvèrent le terme de leur douleur, transformées en peupliers argentés bordant les placides rivières.
Contes et Légendes Mythologiques d'Emile GENEST (Ed : Fernand Nathan)
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